LES RELIGIONS EN CHINE


CONCEPTION DU MONDE

TRADITIONS RELIGIEUSES

LE DAO

LE CONFUCIANISME

LE YIN ET LE YANG

LE TAOISME

LE WU XING

LE BOUDDHISME

LE YI JING

LE SYNCRÉTISME RELIGIEUX

CONCEPTIONS MORALES

 




Alors que de nombreux concepts remontent à la dynastie des Shang (XVIe-XIe s. av. J-C.), comme l'atteste plusieurs découvertes archéologiques et épigraphiques, ce n'est qu'à l'époque des Royaumes Combattants (Ve-IIIème siècle avant notre ère) que les textes fondateurs de la pensée traditionnelle chinoise furent pour la plupart rédigés. Quelles que soient les divergences d'écoles, la conception du monde et son ordonnance, de l'homme, de l'éthique, et de la politique sont immuables.

Trois religions différentes, le bouddhisme, le confucianisme et le taoïsme ont coexisté et sont à l'origine de la religion syncrétique, spécifiquement populaire, par leurs rapports mutuels. On remarque d'ailleurs que la masse du peuple chinois, essentiellement paysanne et illettrée fut sensible aux formes simplifiées souvent corrompues de "superstitions" de ces religions.





LA CONCEPTION ET L'ORDONNANCE DU MONDE



Dans la Chine anciennne, le monde n'est pas l'oeuvre d'un créateur. Les fragments de mythes cosmologiques évoquent des héros qui rendirent la terre habitable, des sages qui civilisèrent l'homme primitif. D'autres mythes évoquant le modelage des premiers hommes avec de la terre glaise à la séparation du Ciel et de la Terre, furent validés par des textes tardifs évoquent un homme cosmique Pangu, dont le corps donna naissance aux différentes parties du monde.

Pour les savants et les philosophes, le Ciel et la Terre prirent consistance au sein d'une sorte d'éther primordial dont les éléments plus ou moins purs se séparèrent comme un fluide qui se décante.

Le Ciel, conçu tantôt comme une sphère, tantôt comme un dais de char, est rond par essence, tandis que la Terre qu'il recouvre est carrée. Des colonnes ou des montagnes, situées au pourtour de l'univers, sont des supports du Ciel et des voies qui y accèdent.

Ciel et Terre sont les deux constituants d'un organisme au sein duquel le sacré se concentre, en haut, dans le Soleil, la Lune et les étoiles, en bas dans les monts (en particulier dans les Cinq Monts sacrés) et les fleuves.

Sous les Shang, le Ciel était un ancêtre dynastique qui se dépersonnalisa sous les Zhou tout en restant une puissance mâle dont l'épouse est la Terre. Le Ciel était généralement représenté avec neuf étages, car on croyait à l'existence de neuf cieux superposés avec neuf portes et, inversement, les profondeurs de la Terre, comportaient neuf niveaux, domaine des eaux abyssales, les "Neuf Sources".

A partir de cette base s'élaborent plusieurs concepts fondamentaux multivalents : le dao et le de, le yin et le yang, le wu xing, l'espace-temps, ainsi que les emblèmes divinatoires du Yijing (le "Livre des mutations") utilisés à des fins spéculatives.



Haut


LE DAO



En Chine, le Dao est le principe d'ordre qui gouverne la totalité du cosmos et lui assure son unité. Le terme, dont le sens propre est "chemin", "voie", use de sens différents selon les contextes (conduire, la voie, mettre en rapport, dire, doctrine), ce qui explique l'existence d'autant de dao que d'écoles philosophiques et religieuses par ce que chacune prétend révéler l'ordre universel. Tous ces philosophes contribuèrent à former le taoïsme, école du Dao.

Le dao royal, pouvoir magico-religieux des rois fondateurs de la civilisation, était le reflet fidèle du dao céleste ou naturel. Le souverain, fils du Ciel, est astreint à une étiquette minutieuse liée aux rythmes naturels. Les rites (li) sont l'expression de l'ordre cosmique transposé dans la société humaine.

Confucius et son école perfectionnèrent les rites de la noblesse féodale en principe fondamental de toute éthique et de tout gouvernement. Les paysans possédaient également leurs rites propres que l'on connaît à travers les fêtes saisonnières durant lesquelles ils restauraient aussi l'ordre naturel et la cohésion de leurs structures sociales.

Le Dao est un principe universel, et le De est un pouvoir qui se manifeste dans les réalisations particulières. Ainsi le roi incarnant le dao céleste exerce une action sur la totalité du monde (sans intervention effective) et par son de exerce une action sur son entourage.

En fait, le de est le fait du ministre qui gouverne, alors que le roi se contente de régner : le de royal se manifeste dans le choix d'un bon ministre.

Pour les confucianistes, le dao et le de sont des vertus morales. Toutefois, tout désordre dans le gouvernement provoque la colère du Ciel qui se traduit alors par des signes néfastes, puis par des catastrophes, et réciproquement la vertu royale suscite de bons présages. Pour les taoïstes, le dao et le de ont une valeur magique et mystique.



Haut



LE YIN ET LE YANG



Le yin et le yang sont les deux aspects antithétiques et complémentaires du Dao tel qu'il se manifeste dans le monde. Ces deux sous-principes sont des énergies vitales, souffles (qi). Le yin est l'obscurité, le froid, la passivité alors que le yang est la lumière, la chaleur, l'activité.

Dans le cosmos, le Ciel et le Soleil sont essentiellement yang , la Terre et la Lune essentiellement yin. Sur Terre, l'homme est yang, la femme yin, le seigneur yang, l'inférieur yin. Conçus comme sexués, ces deux sous-principes n'impliquent pas de jugements de valeur morale et l'alternance de leurs influences est indispensable à la bonne marche des choses.



Haut



LE WU XING



Les Cinq Eléments, wu xing, introduisent, au-dessous de la bipartition yin-yang, une représentation de cinq énergies naturelles disposées en quinconce. Il s'agit de "souffles" (qi), des diversifications du Dao selon les directions de l'espace et qui sont à l'est le bois, au sud le feu, à l'ouest le métal, au nord l'eau, et au centre la Terre.

Chacun de ces éléments correspond d'abord à une couleur fondamentale : le vert pour le bois, le rouge pour le feu, le blanc pour le métal, le noir pour l'eau, le jaune pour la Terre. Ensuite, à chaque point cardinal, donc à chacun des éléments orientés, est associée une saison (une courte période de l'été correspond au centre).

Les éléments et les saisons ainsi disposés sont classés yin et yang : le bois et le feu (printemps et été) sont yang, le métal et l'eau (automne et hiver) sont yin . La Terre, participant aux éléments et les contenant tous est, dans ce cas, neutre. Les éléments, considérés comme projections terrestres des cinq planètes alternent, chaque élément passant par des périodes d'apogée et de déclin, cycle des jours et des nuits, et des saisons.

Une théorie répandue applique ce système à l'histoire :la "vertu" de chacun des souverains ou de chaque dynastie est symbolisée par un élément et une couleur (mais, dans ce cas, l'ordre de succession des éléments n'est plus le même).

Le temps et l'espace sont indissociables et ne sont pas continus. les secteurs orientés de l'espace correspondant à des secteurs du temps. Le temps historique se partage en ères symbolisées par des couleurs; les jours, mois et années sont se désignent par un couple de "signes cycliques" dont un terme est emprunté à une série dénaire (les "troncs célestes") et l'autre terme à une série duodénaire (les "rameaux terrestres") pour obtenir des successions de périodes de soixante jours, mois ou années.

Les rapports du temps à l'espace sont identiques à ceux du Ciel à la Terre, car, de par sa nature cyclique, le temps s'apparente au rond, et l'espace est carré comme la Terre. La capitale de l'Empire (appelé "Sous le ciel", Tianxia) est carrée et située au centre de l'étendue civilisée (idéalement). Au-delà, l'espace se dilue dans l'informe : ce sont les "Quatre Mers" que le Ciel ne couvre plus et qui sont des lieux habités par des Barbares mi-hommes, mi-bêtes et par des esprits démoniaques.



Haut



LE YI JING



Le Yijing, livre des mutations est un manuel de divination dont les symboles permettaient aux penseurs chinois d'expliquer les phénomènes grâves. Le Yijing se compose d'une série de huit trigrammes formés de trois lignes superposées, les unes pleines (-), les autres brisées (--), les premières étant yang, les secondes yin . Ces huit trigrammes disposés en octogone forment une rose des vents à huit directions et chaque trigramme représente entre autres choses un des huit vents qui exercent chacun une influence céleste et spécifique sur le Tianxia.

Les trigrammes permettent d'évoquer l'univers synthétiquement, alors on représente l'ensemble des réalités en superposant six lignes au lieu de trois pour obtenir une série de soixante-quatre hexagrammes.

Dans chaque série de diagrammes (trigrammes ou hexagrammes), deux sont constitués exclusivement de lignes yang pour symboliser le Ciel ou de lignes yin pour symboliser la Terre. Les conjonctures représentées par les autres diagrammes sont des mélanges de yin et de yang, c'est-à-dire de terrestre et de céleste.

L'art divinatoire consiste alors à spéculer à partir de l'association de nombres à chacun des éléments et trigrammes. On obtient grâce à diverses dispositions des trigrammes des carrés magiques et des croix gammées à centre 5 ou 6 pour évoquer les interactions du Ciel et de la Terre, du yin (pair) et du yang (impair), ainsi que la dynamique cyclique de tout le système cosmique.

Le corps humain est un microcosme dont chaque élément est en correspondance avec une partie du macrocosme universel.

  • La tête, ronde, est le Ciel, les pieds sont la Terre.
  • La poitrine est yang ainsi que la gauche du corps, alors que le dos et le côté droit sont yin.
  • Les membres correspondent aux quatre saisons et les 360 articulations aux jours de l'année lunaire.
  • Les yeux sont le Soleil et la Lune.
  • Le souffle et le sang sont assimilés au vent et à la pluie.
  • Nous possédons cinq viscères (appelés zang, "réceptacles") : le foie (bois), le coeur (feu), les poumons (métal), les reins (eau), la rate (Terre).
  • Les neuf orifices du corps correspondent aux neufs portes des cieux. Les viscères et les orifices sont reliés entre eux afin de permettre la communication entre les organes intérieurs et le monde extérieur, pour le meilleur, si ces communications sont en accord avec l'ordre universel et pour le pire (maladie, mort), sous l'impulsion des passions.

Le corps humain se compose de forces vitales, "âmes" yin et "âmes" yang, d'une âme-souffle (hun) qui provient du Ciel et y retourne après la mort, et d'une âme corporelle (po) destinée à retourner à la terre d'où elle provient.

Après la mort et l'achèvement des rites funéraires, le hun devient un esprit aérien (shen). La destinée du po est plus compliquée : soit il réside dans les os donc dans la tombe, soit il erre dans un pays des morts situé dans les profondeurs de la terre, au septentrion où se situent les Sources jaunes.

Le Nord, direction où règne l'obscurité et l'eau, est associé à la mort. Mais si le yin est à son apogée au Nord, c'est aussi le point où le yang s'apprète à reprendre un nouvel essor. Ainsi la vie renaît-elle dans les profondeurs aquatiques, car dans la croyance populaire, c'est au pays des morts que se trouvaient aussi les sources de la vie.

Le cours de la vie humaine s'explique selon un rythme numérique : elle se compose de phases de 3, 7, 10 ou 30 jours, mois, années. La symétrie de la vie s'illustre par étapes en rythmant l'entrée et la sortie : ainsi remarque-t-on la similitude des faits selon lesquels le nouveau-né était déposé sur le sol avant d'être intégré dans le groupe familial, de même que le mourant expirait au contact de sa terre natale.



Haut



CONCEPTIONS MORALES ET POLITIQUES



Les conceptions morales divergent entre les écoles philosophiques et entre les milieux sociaux. Les confucianistes, dans la ligne des ritualistes de l'époque féodale, ont imposé les principes de la morale qui commandèrent durant des siècles les comportements privés et publics sur le principe unanimement reconnu de la piété filiale. Piété filiale qui repose sur l'autorité du père en qui le fils doit voir un futur ancêtre, expliquant ainsi l'importance du culte ancestral.

Le fils pieux prend soin de ses parents gardant à l'esprit qu'il n'est que le dépositaire de son propre corps qu'il le tient de ses parents et de ses ancêtres. Il se doit d'avoir au moins un fils pour assurer le culte et il lui faut honorer ses parents par ses propres mérites, en se gardant d'actes qui pourraient entacher leur honneur.

Appliquée à tous les rapports entre supérieurs et inférieurs, la piété filiale fut le fondement de toute morale non seulement privée mais aussi publique.

Pour Confucius,le bon souverain est l'étoile polaire immuable alors que les autres astres tournent autour d'elle, métaphore qui illustre l'idéal politique de la Chine ancienne selon lequel le souverain fait régner l'ordre par sa seule vertu, sans recourir aux lois (aux châtiments). Le souverain et son administration sont le fondement d'un système de relations harmonieuses entre les hommes et le cosmos.

Lorsque cette harmonie parfaite existait, le Taiping (Grande Paix ou Grande Justice), grande aspiration utopique du peuple chinois, régnait. Ainsi, la première grande révolte populaire dirigée par des chefs religieux (les Turbans jaunes), proclama l'instauration d'une ère Taiping, non dans une idée d'égalité, mais dans un esprit d'équilibre harmonieux, où chaque être à sa place dans le Grand Tout accomplit sa tâche.

Pour les confucianistes, l'éthique se fonde sur l'humanisme, mais les ritualistes créèrent un système rigide contre lequel les penseurs taoïstes Laozi et Zhuangzi s'insurgèrent.

Finalement, le confucianisme et le taoïsme sont les deux courants majeurs qui survécurent après la disparition des autres écoles de penseurs (les écoles de Mozi, des Lois, des Logiciens)qui jouèrent un moment un rôle important dans la genèse de la pensée chinoise.

En somme, confucianisme et taoïsme ne représentent pas des attitudes de vie incompatibles, expliquant ainsi pourquoi un individu se réclamera tantôt de l'une, tantôt de l'autre, et se présentera comme confucianiste dans sa vie publique, mais comme taoïste dans sa vie privée.



Haut



TRADITIONS RELIGIEUSES



Les plus anciens classiques chinois dont le "Shijing", nous permettent de constater que, dès le VIIIème siècle avant J.-C., la religion chinoise se présente sous deux aspects reposant sur les mêmes concepts fondamentaux.

D'une part la religion du roi et de la noblesse, et, de l'autre, la religion paysanne qui diffèrent en fait par leur structure sociale.

L'essentiel réside dans la corrélation entre la nature et la société, la société incitant par des manifestations appropriés dans les temps et lieux convenables, la nature à suivre son cours normal. La mise en oeuvre de ce principe général manifeste les différences entre les religions seigneuriales et royales et la religion paysanne.

La religion paysanne se caractérise par un dieu du sol (Shi) matérialisé par un tertre, un arbre, ou une pierre dressée (en outre, chaque groupe social possède le sien) auquel on annonce tous les événements survenant dans la communauté (travaux agricoles, périodes de fête), offre les prémices et on le nourrit de sacrifices.

Ce dieu personnification, protecteur, et porte-parole dans le monde des divinités n'existe que par et pour son groupe socio-territorial. Sur le "lieu saint" se tiennent les fêtes des printemps et automnes (semailles et fin des moissons) avec des orgies, des marchés, des joutes d'amour, des jeux et compétitions diverses, qui se terminent par des mariages; fêtes indispensables de participation et d'incitation au cours de la nature.

Les temps forts de l'année paysanne sont également les fêtes "Danuo" et "Bazha", destinées respectivement à "chasser les pestilences" de l'année écoulée et à accueillir l'année nouvelle.

Au Moyen Âge, les religions populaires évoluent du fait de grandes transformations sociales et politiques, induisant une crise religieuse profonde. En effet, la religion antique ne tenait compte de l'homme qu'en société sans envisager sa vie propre outre-tombe. Seuls les nobles survivaient en tant qu'ancêtres familiaux, alors que les roturiers citadins, scribes, ou lettrés, sans parler des paysans, qui commençaient à prendre une importance grandissante étaient promis à un sort vague, collectif ou très incertain.

En outre, la disparition progressive des seigneuries féodales et de leurs cultes encore assez proches de la religion paysanne, laissa la clientèle féodale désemparée en la désengageant de ses structures et habitudes traditionnelles. Dès lors naquirent diverses doctrines cherchant à apporter des réponses aux questions qui se posaient dont la doctrine confucéenne, principal tenant de la religion officielle.



Haut



LE CONFUCIANISME



Parmi les diverses écoles philosophiques, les confucianistes, à la suite des ritualistes de l'époque féodale, définissent les principes de la morale qui commandèrent durant des siècles les comportements privés et publics.

La piété filiale est le fondement de la morale qui repose sur l'autorité du père en qui le fils doit voir un futur ancêtre (culte ancestral). Le fils pieux doit naturellement prendre soin de son père et de sa mère, mais aussi ne pas oublier qu'il n'est que le dépositaire de son propre corps, car il le tient de ses parents et de ses ancêtres ; il a le devoir d'avoir lui-même des enfants, au moins un fils pour assurer le culte; il lui faut honorer ses parents par ses propres mérites, et en tout cas se garder des actes qui pourraient entacher leur honneur.

Étendue à tous les rapports entre supérieurs et inférieurs, la piété filiale fut considérée comme le fondement de toute morale non seulement privée mais aussi publique.

Conceptions morales et politiques

La métaphore de Confucius comparant le bon souverain à l'étoile polaire qui reste immuable alors que les autres astres tournent autour d'elle illustre l'idéal politique des anciens Chinois, selon lequel le souverain fait régner l'ordre par sa seule vertu, sans avoir à recourir au droit pénal.

Le souverain et son administration contribuent aux relations harmonieuses entre les hommes et le cosmos. Lorsque cette harmonie est parfaite, la Grande Paix ou Grande Justice (Taiping), aspiration utopique du peuple chinois de l'équilibre harmonieux, où chaque être serait situé à sa place dans le Grand Tout et accomplirait la tâche qui lui est dévolue, se réalise.

Vous pourrez en savoir plus en consultant les deux ouvrages suivant :

  • "Tseng Tseu" La Grande Etude, avec le commentaire traditionnel de Tchou-Hi. Traduit par Martine Hasse. Editions du Cerf, Paris, collection Patrimoines.
  • "Xun Zi" Introduit et traduit par Ivan P.Kamenarovic. Editions du Cerf, Paris, collection Patrimoines.

Haut



LE TAOISME



Le taoïsme s'oppose au confucianisme en tous points. La doctrine taoïste, d'origine philosophique, est utopiste, libertaire, mystique, et individualiste. Ils avaient aussi (peut-être, selon Maspero, en les empruntant aux sorcières médiums qui communiquaient avec les défunts) développé des techniques d'extase et autres procédés devant leur permettre d'accéder à l'union mystique avec le Dao d'atteindre à l'immortalité en affinant leurs âmes pour les garder dans un corps sublimé.

L'espoir de l'immortalité fit gagner des adeptes au taoïsme. Les recettes de longévité se multiplièrent aux dépens du mysticisme. Mais il ne faut pas perdre de vue que ce taoïsme-là était, et resta largement, une recherche d'oisifs fortunés. On ne sait pas au juste quand, comment, ni sous quelle forme se constitua la religion taoïste proprement dite, Il est certain que le taoïsme était déjà populaire (entendons connu et pratiqué par le petit peuple) au début des Han, mais davantage comme un ensemble de recettes et de croyances que comme une religion constituée.

Or, au milieu du lie siècle après J.-C., vers la fin de la dynastie des Han, le désordre du pouvoir central et certaines transformations économiques ruinèrent les paysans.

C'est alors qu'un maître taoïste prêcha une doctrine égalitariste et l'avènement d'un nouvel ordre social et religieux qui remportèrent un succès foudroyant dans les masses paysannes. En dix ans, il mit sur pied une Église taoïste très structurée, donnant sa place et son rôle à chacun, hommes et femmes, riches et pauvres, comportant de nombreuses cérémonies collectives exaltantes, s'adressant àdes divinités suprêmes individualisées, assurant la rémission des péchés et promettant un salut personnel.

Ce mouvement ainsi qu'un autre très voisin par son inspiration ne survécurent pas à une répression impitoyable. Mais ils occupent dans l'histoire du taoïsme religieux une place des plus importantes, car ils lui donnèrent une impulsion décisive et lui imprimèrent une marque durable.

On ne manquera pas toutefois de se demander s'il est justifié d'inclure le taoïsme (religieux s'entend) dans un exposé sur les religions populaires. L'histoire des sectes en tant qu'Églises, en effet, n'est pas du domaine de la religion populaire, encore qu'il ne soit pas sans intérêt de remarquer que le gros de leur clientèle fut recruté dans les milieux les plus populaires, séduits peut-être par la pompe des cérémonies en même temps que par leur caractère assez simpliste et utilitaire.

Mais l'important est que le taoïsme, religion autochtone, a conservé dans ses Écritures la trace d'un grand nombre de faits religieux plus ou moins anciens que l'on retrouve ensuite dans la religion syncrétique moderne.

Vous pourrez en savoir plus en consultant les ouvrages suivant :

"Histoire du Taoïsme des orignes au XIVème siècle" d'Isabelle Robinet;
Editeur : Le Cerf, Paris, collection Patrimoines, date de parution : 14/03/1991, présentation : broché - 400 g - 14 cm x 24 cm, ISBN : 220404251X - EAN : 9782204042512

Seule grande religion de la Chine, spécifiquement chinois, le taoïsme est le dépositaire et le témoin encore vivant d'un immense courant de la tradition chinoise qui a poursuivi son développement parallèlement à la culture officielle. Encore mal connu, c'est une des grandes religions du monde qui a, comme toutes, sa liturgie, son église et ses mystiques, mais qui possède deux caractéristiques particulières. Il est marqué par une forte composante cosmologique, et, exempt de tout dogmatisme, il a continuellement accueilli dans son sein des courants nouveaux et extérieurs qu'il a parfaitement assimilés sans jamais perdre sa spécificité.

"Lao-tseu Tao-tö kin, la tradition du Tao et de sa sagesse" Traduit du chinois par Bernard Bolluri
Editeur : Le Cerf, Paris, collection Patrimoines, date de parution : 01/12/1983, présentation : broché - 198 g - 14 cm x 24 cm, ISBN : 2204020966 - EAN : 9782204020961

Le texte fondateur du taoïsme (IVème siècle av. J. -C.) est attribué à Lao-tseu, le "Maître Vénérable", le "Vieillard Enfant". Archiviste à la cour impérial, celui-ci est le gardien du Passé, de la Tradition, ou plutôt de ce qui est avant l'origine incontournable : d'où l'on vient, à quoi l'on est destiné de toute perpétuité... Texte intraduisible, le Tao-tö king invite à une méditation radicale de l'origine, du Primordial. Une traduction du Tao-tö king dans son extrême simplicité et qui, cependant, connaît la lecture que les philosophes occidentaux (Heidegger notamment) en ont faite. Une traduction qui n'est ni glose ni commentaire, mais recherche sur le langage et oeuvre poétique, un texte nouveau.

"Zhuangzi Les chapitres intérieurs" Traduit du chinois par J.C Pastor;
Editeur : Le Cerf, Paris, collection Patrimoines, date de parution : 04/04/1990, présentation : broché - 112 pages - 190 g - 14 cm x 24 cm, ISBN : 2204040762 - EAN : 9782204040761

Pour accéder à la collection des textes que la tradition chinoise rapporte à Zhuangzi (369 - 286 av. J. -C.), les sinologues français disposent d'une paraphrase jointe au texte chinois, figurant dans le recueil des Pères du système taoïste publié en Chine par le Père Léon Wieger en 1913 (et rééditée dans la collection Cathasia des Belles Lettres à Paris en 1950), ainsi que d'une traduction complète publiée par Liou Kia-huay en 1973 chez Gallimard (dans la collection Connaissance de l'Orient). Mais peut-être ces deux ouvrages sont-ils d'une conception trop vieillie ou d'une érudition trop méticuleuse pour tenter un lecteur lettré non spécialisé. C'est ce qui a incité Jean-Claude Pastor, excellent sinisant, à proposer au public cultivé d'aujourd'hui une version nouvelle, non pas de la totalité de la collection, mais de sa partie essentielle : les sept premiers chapitres. Ceux-ci, qualifiés par les bibliographes chinois de chapitres intérieurs, sont en effet les seuls qui soient imputables à Zhuangzi lui-même. Si profonde qu'en soit l'inspiration philosophique, il s'agit de textes dont la vertu est d'abord poétique. C'est à la poésie du discours taoïste que s'est attaché cette fois-ci le traducteur, en se refusant à l'alourdir d'aucun commentaire doxographique. Que le lecteur se laisse donc candidement emporter par la magie de ce discours dans les libres randonnées de l'esprit communiant avec l'univers, et il découvrira de quelle sagesse lui parle le poète.



Haut



LE BOUDDHISME



Contrairement au taoïsme, le bouddhisme est une religion étrangère importée d'abord prise pour une variété de taoïsme, quoique sa doctrine en diffère totalement. Ce n'est qu'à partir des lVe~Ve siècles qu'il progresse très rapidement dans toutes les classes de la société jusqu'à son apogée aux Xle-Xlle siècles. Aujourd'hui, il n'est plus guère qu'une survivance qui a laissé son empreinte sur toute la pensée religieuse chinoise.

Quoique la doctrine bouddhique soit particulièrement complexe, voici les raisons de l'engouement des chinois : d'une part, le bouddhisme est une religion de salut personnel, promettant la renaissance éternelle en quelque paradis à ceux qui pratiqueront les oeuvres pies ou seulement penseront au Bouddha (Amitàbha). Le fidèle est aidé dans son effort vers le salut par d'innombrables Bodhisattva dont Guanyin (Avalokiteàvara) et à Dizang (Ksitigarbha), des divinités très puissantes et infiniment compatissantes. Le bouddhisme populaire n'évoque pas de véritable nirvâna, ce qui ressemble à l'immortalité personnelle des taoïstes, et crée la confusion dans l'esprit des fidèles.

D'autre part, le bouddhisme propose des cérémonies particulières pour assurer le salut des parents défunts alors que la piété filiale est une des vertus cardinales des Chinois.

Aussi pour contrer les confucéens sur le fait les moines bouddhistes observaient la règle du célibat et ne pouvaient donner des petits-fils à leurs parents pour continuer le culte ancestral, les cérémonies et les fêtes d'Avalambana, le 15 de la 7e lune, sauvaient non seulement les parents sur plusieurs générations, mais aussi toutes les âmes errantes. Cette date est restée la grande fête des morts dans tout le monde chinois.

Le point capital de la doctrine bouddhique est la notion de transmigration des êtres, vie après vie, en rétribution des actes des vies antérieures auquel Le bouddhisme populaire a beaucoup contribué en imaginant des représentations concrètes plus humaines que l'impersonnel mécanisme d'origine indienne : le jugement des actes dans les dix cours de l'enfer et en inventant aussi les moyens d'y échapper : les funérailles et les cérémonies pour les morts, grande spécialité des moines bouddhistes.

Vous pourrez en savoir plus en consultant les deux ouvrages et le site web suivant :

  • "Introduction au bouddhisme" de Jacques Martin; Editeur : Le Cerf, Paris, collection Patrimoines, date de parution : 18/04/1989, présentation : broché - 144 pages - 218 g - 14 cm x 24 cm, ISBN : 2204030279 - EAN : 9782204030274
    Le Bouddhisme émerge dans le monde moderne comme l'un des grands courants spirituels de l'humanité caractérisé par sa dimension profondément éthique et sa remarquable intériorité, fondements de l'extraordinaire possibilité de délivrance qu'il offre à l'homme. S'appuyant sur une philosophie élaborée qui permet une approche réaliste de l'existence, il invite à la méditation et au développement spirituel, et il conduit à la Paix profonde et définitive. Celle-là même que le Buddha historique expérimenta au VIème siècle avant notre ère et dont il révéla, par compassion pour l'humanité, les chemins d'accès. La remarquable diversité du Bouddhisme, de la voie monastique au cheminement des laïques, du Bouddhisme ancien au Grand Véhicule, n'enlève rien à sa cohérence mais manifeste par la complémentarité son unité profonde qui est celle d'une voie spirituelle adaptée à chacun, permettant à chacun selon sa situation de s'émanciper de l'insatisfaction et de la douleur caractéristiques de la condition humaine.

  • "Môhan Wijayaratna. Le Bouddha et ses disciples." Traduction intégrale de 25 textes du Canon bouddhique; Editeur : Le Cerf, Paris, collection Patrimoines, date de parution : 08/06/1990, présentation : broché - 262 pages - 396 g - 14 cm x 24 cm, ISBN : 2204041580 - EAN : 9782204041584
    Cet ouvrage comporte la traduction intégrale de vingt-sept textes tirés du Canon bouddhique, concernant de nombreux points doctrinaux importants et montrant différents aspects intéressants des rapports ayant existé d'une part entre le Bouddha et ses disciples et d'autre part entre ces derniers. Précédant chaque texte, une introduction permet de disposer d'informations qui en facilitent la compréhension. Bien qu'appartenant à l'une des littératures les plus anciennes du monde, ces textes sont de nos jours encore à la base des discussions religieuses des bouddhistes des pays d'Asie. Ces traductions originales permettront de connaître non seulement les aspects principaux de la pensée des bouddhistes du passé, mais celle, aussi, des bouddhistes d'aujourd'hui.

  • http://www.buddhaline.net


  • Haut



    LE SYNCRÉTISME RELIGIEUX



    La religion syncrétique s'est formée progressivement, insensiblement, à travers les luttes entre le bouddhisme et le taoïsme, et sa forme actuelle remonte à la dynastie mongole des Yuan, au Xllle siècle.

    La religion syncrétique se présente en fait sous une multitude d'aspects et de réalisations particulières qu'il appartient à l'observateur d'ordonner pour en extraire des systèmes à la fois précis et généraux par ce que cette religion ne comporte pas de prêtres et que la vie religieuse collective, les temples, les fêtes sont gérés, ordonnés par la communauté elle-même, par l'intermédiaire de sortes de conseils de fabrique.

    Sans posséder de recueil d'Écritures, la religion syncrétique s'appuie néanmoins sur une littérature d'oeuvres didactiques les shanshu, ou "livres pour exhorter au bien" (dont le "Taishang ganyingpian," une description des enfers) et d'oeuvres d'imagination (romanesques ou théâtrales qui mettent en scène les héros et les divinités, et on constate d'ailleurs que les dieux représentés dans les temples sont souvent costumés et grimés comme les personnages de théâtre).

    Les traits permanents de la religion syncrétique sont la présence dans chaque village d'un dieu du sol (tudi) et de dieux du foyer jouant dans la famille le rôle de celui des tudi dans un ensemble plus vaste, ainsi que la célébration de fêtes, occasions de défilés costumés, dépenses ostentatoires, marchés, et représentations théâtrales offertes pour leur distraction aux dieux devant les temples et actes religieux de participations de ceux-ci à la fête.

    Il faut également retenir que les dieux chinois sont des humains divinisés par le Ciel soumis aux vicissitudes de la carrière officielle et dont l'investiture doit être ratifiée par l'administration des vivants.




    Haut



    © Beiyan Consulting