La dynastie des Tang (618-907) s'inscrit dans la continuité des Sui. Li Yuan et son fils Li Shimin, premiers empereurs de la dynastie Tang, occupent Chang'an en 617 et réussissent à s'imposer en 622. La victoire des armées Tang en 629-630 élimine la menace turque et ouvre le territoire des Ordos et la Mongolie méridionale au contrôle chinois, ainsi que la route des oasis jusqu'à la région des Pamirs, en Transoxiane, en Afghanistan et dans l'Inde du Nord-Ouest. Cette poussée vers l'ouest s'accompagne d'un effort pour refouler les Tibétains qui cherchent à s'étendre au Gansu, au Qinghai et au Xinjiang. L'Empire soumet, dans le Nord-Est, les populations turco-mongoles et toungouses de la Mongolie orientale et de la Mandchourie. Dans l'évolution politique de cette dynastie, deux évênements sont à retenir. L'usurpation de l'impératrice Wu Zetian qui s'assure la direction de l'État à partir de 681 et fonde la nouvelle dynastie des Zhou (690-704) introduit une évolution institutionnelle par l'introduction d'une nouvelle classe d'administrateurs, les fonctionnaires impériaux recrutés sur concours, sur lesquels elle s'appuie pour gouverner. Puis, plus grave, alors que le pouvoir central contrôlait jusque là activement la puissance des généraux en fractionnant les unités et n'accordant de commandements que pour le temps des campagnes, l'empereur Xuanzong (712-756) laisse se constituer de grandes armées indépendantes dans les régions frontalières. Ce qui aboutit fin 755 à la rebellion du général An Lushan (dans la région de l'actuel Pékin) qui s'empare des deux capitales, Luoyang et Chang'an début 756, obligeant l'empereur à se réfugier au Sichuan. Les troupes étrangères (Ouïgours, Turcs sédentarisés du Nord-Ouest, Tibétains) sauvèrent l'Empire Tang après 8 ans de guerre. Les conséquences sont la perte des élevages de chevaux du Gansu, l'occupation des routes de l'Asie Centrale par les Tibétains, les Ouïgours et les Arabes, l'occupation du Yunnan par le royaume tibéto-birman du Nanzhao, l'abandon des prérogatives du pouvoir central aux "commissaires impériaux" commandant les régions. Le rétablissement de l'autorité impériale se traduit par la réorganisation du système fiscal par le développement du monopole du sel, le renforcement des armées du Palais et la création, en 780, de l'impôt foncier qui porte sur l'étendue et la valeur des terres cultivées et remplace les droits du pouvoir politique sur les individus et leur travail. Le contrecoup populaire de la rebellion d'An Lushan et de l'accroissement significatif de la part des populations sinisées dans l'Empire, est une réaction nationale de xénophobie et le retour aux sources anciennes de la tradition classique, dans le domaine de la pensée et du style écrit avec Han Yu (768-824) et Liu Zongyuan (773-819), fondateurs du mouvement dit du "style antique" (guwen). Cette réaction a pour effets un mouvement de proscription de tous les cultes étrangers au cours des années 843-845, le bouddhisme compris (confiscation par l'État des biens de l'Église, et dispersions des communautés). Les rébellions de "commissaires impériaux" au IXe siècle provoquent une professionnalisation de l'armée dans les commanderies militaires indépendantes du pouvoir central. Sous cette dynastie, l'expansion chinoise développe les relations entre l'Asie orientale, l'Asie centrale, l'Iran, l'Inde, et les pays de l'Asie du Sud-Est. Au VIIIème siècle, Chang'an est une ville cosmopolite (Syriens, Arabes, Iraniens, Sogdiens, Turcs, Coréens, Indiens) où les cultes étrangers sont tolérés et reconnus. On constate également dans les villes du Nord-Ouest et à Luoyang la pratique du christianisme nestorien, du mazdéisme et du manichéisme par des hommes originaires de Transoxiane, d'Iran et des Ouïgours, tandis que Canton compte plusieurs sectes musulmanes. Toutefois, la palme de l'essor revient au bouddhisme (traductions, travaux d'exégèse, histoires et bibliographies du bouddhisme, pèlerinages, peinture religieuse, littérature populaire, constructions de monastères, net accroissement du nombre de fidèles et de sectes). On peut noter durant cette période la parution en 740 d'une "Histoire des institutions politiques" de Liu Zhi, l'apparition d'encyclopédies de tous genres et l'essor de la poésie. Les VIIème-IXème siècles sont l'âge d'or de la poésie classique. |